dimanche 1 janvier 2012

Histoires de titres

Les titres ont leur importance, leur histoire aussi.

On dit parfois que la réussite de certains livres tient à leur titre, on l'a dit dernièrement pour "La délicatesse" de David Foenkinos. Est-ce vrai ? Est-ce que certains choisissent encore leurs livres à l'aveuglette dans des librairies indépendantes sans être le moins du monde influencés par la publicité ou la non publicité s'y afférant, le bouche-à-oreille ou son absence, juste sur un titre évocateur ?
Quoi qu'il en soit, le titre, est, il est vrai le premier contact. Avant la quatrième de couverture, la première page, ou la dernière. Et chaque auteur, soigne son choix à sa manière. Et je songe à deux livres qui sortent début janvier, "Le tapis du salon" d'Annie Saumont (http://sternsophie.blogspot.com/p/ce-que-je-lis-ce-que-jen-retire.html), "Il faudrait s'arracher le coeur" de Dominique Fabre, ... Annie Saumont, Dominique Fabre, deux auteurs que j'apprécie énormément, pour des raisons très différentes, à l'image des titres de leurs livres.

Dans ma jeunesse, on va écrire cela comme ça, dans ma jeunesse donc, je lisais beaucoup en bibliothèque. J'avais de la chance, j'allais dans une très bonne bibliothèque, en forme de bateau. Je prenais le bus et le métro, je revenais à pied. Et il est vrai qu'en ce temps-là, je choisissais mes proies tout simplement sur leur titre. J'ai ainsi découvert Yasunari Kawabata, Prix Nobel, avec "Pays de neige", Lygia Fagundes Telles, l'immense dame de la littérature brésilienne, avec "La structure de la bulle de savon", ou encore la sublime Marguerite Duras avec "Moderato cantabile". Et beaucoup d'autres encore.
Ce temps est révolu, je lis plutôt par les connexions diverses que j'établis, tel auteur, tel éditeur, tel conseil, telle critique. Le temps m'est compté, je me fie moins au hasard.

Quant ce fut mon tour de choisir un titre pour mon propre livre, une vraie aventure. "Femmes tortues, hommes crocodiles" a bien failli s'appeler autrement ! Le manuscrit a longtemps porté le nom de "Passions croisées", éponyme d'une nouvelle. Mais "Passions croisées" faisait un peu Coeurs croisés, et j'ai fini par laisser tomber. J'ai alors opté pour "La théorie des gaz parfaits", là aussi, éponyme d'une nouvelle du recueil, on m'a gentiment fair remarquer que le mot gaz dans un titre, ça n'allait pas gazer justement. Alors quoi ? J'ai eu une période de doutes, et le recueil a provisoirement porté le titre "Les choses comme elles sont", quelque peu fadasse, admettons-le.
Heureusement, la vie cache des surprises dans ses manches, et un jour où l'on me parlait de peau de crocodile où tout glisse, j'ai eu la révélation ! Seulement voilà, "Peau de crocodile", "Sous la peau de crocodile", me semblèrent peu viables. "Crocodiles", déjà pris, et bien par Philippe Djian, pour des nouvelles lui aussi. Les mots ont tourné dans ma tête pour donner le titre actuel.
Alors quand l'illustrateur du recueil a tout d'abord dessiné un énorme crocodile et une toute petite tortue, je lui ai dit que non, ce n'était pas vraiment le propos du livre ! Même si, bien sûr, c'était très amusant.
Alors quand j'entends dans les salons tout ce que véhiculent pour les gens les noms de ces deux animaux, je suis soufflée ! Mais c'est bien sûr très intéressant, et ça en dit long sur ... comment ils voient le monde.

Jusqu'où je peux aller

Publication de la nouvelle "Jusqu'où je peux aller", un texte où je parle d'escalade (moi qui aie le vertige ;) ) et de...