samedi 22 septembre 2012

Conseils de lecture pour l'automne qui s'annonce


Syracuse, parc archéologique


Arrêtée dans mon élan, je n'avais conseillé que des recueils de nouvelles dans mon message de fin juillet. Cela m'a d'ailleurs amusée de m'apercevoir après coup avoir chaudement recommandé "Passer l'hiver" d'Olivier Adam au beau milieu de l'été ... Mon côté décalé toujours. Ou plutôt mon côté gaffeur et maladroit ... Soi-même, son pire ennemi, son meilleur ami.

L'écrivain aime à digresser, puisque pour lui, pour elle, tout est écriture. Le moindre battement de coeur, la plus ténue des sensations ressenties, dire ses propres lectures. J'ai lu l'autre jour une phrase que j'ai aimée et disant à peu près ceci "Ecrire un livre, c'est parler sans être interrompu." Il y a en effet de cela, raconter sa vision du monde, des gens, se la raconter à soi-même, à d'autres, au fil des mots, sur des pages et des pages. La vie est bien plus compliquée. Ceux qui nous entourent ne sont pas des personnages, n'en font qu'à leur tête, et se fichent du rôle que nous aimerions bien leur assigner. Qu'ils nous subjuguent ou nous déçoivent, nous n'avons pas la main sur leurs pensées et leurs actes dans le monde réel. Alors l'écrivain ouvre grand les yeux, l'âme et capte tout, pour plus tard, pour donner de la chair à ses écrits. Il transforme le plomb en or, et parfois l'or en plomb. Seul face à son ordinateur, il est le grand alchimiste de la vie. 

Un an et demi que mon livre est sorti, on me demande parfois, alors alors ? Et oui, rien de visible depuis, hormis un texte dans une revue. ("Pluie à Uluru", Harfang, Un beau texte dans une belle revue si je peux me permettre). Et je comprends leur désarroi dans ce monde où tout va si vite.
Non l'écriture ne m'a pas lâchée, la preuve. Si vous saviez, tous ces mots alignés en rang serré sur des pages et des pages ... Mais le temps de l'édition n'est pas celui de l'écriture. Mieux vaut savoir laisser du temps au temps. Ou remplir sa vie d'autre chose. Des proches très proches, un métier prenant, des amis, une association pétillante. Des projets, du sport, des musées, des cinoches. La mer, les feuilles qui tombent, le vent léger. Tout ce qui empêche de penser trop fort. 

Alors en attendant que le temps de l'édition revienne, je vais conseiller quelques livres, et mettre quelques inédits inclassables à lire en ligne. Histoire que mes mots sèment des envies de.


Livres de poche, Romans.

J'ai déjà parlé ici ou là d'Hubert Haddad, et j'ai même la joie de le recevoir lors de la prochaine édition du Salon "Nouvelles en musique" au mois de novembre. Je persiste, il faut lire Hubert Haddad, absolument. "Palestine" a remporté le premier prix Renaudot poche, un beau livre à lire en ces temps troublés. C'est le thème d'être dans le corps de l'autre, non pas de manière fantastique comme dans le roman "Le corps de l'autre" de G.O. Châteaureynaud, mais de manière très réelle. Suite à un enchaînement de circonstances, Cham jeune soldat israélien, devient Nessim, palestinien, le frère de la mystérieuse Falastin. Ce livre est le récit tout en nuances de quelques semaines où Cham-Nessim partage le quotidien de palestiniens, entre voyages interminables en car et check points, entre barbelés et poussière du désert, entre peur vrillée au ventre et l'attachement naissant pour Falastin. Rien n'est expliqué, tout est vu, ressenti par le jeune homme. On a les convictions, les croyances de notre naissance, faire un pas de côté peut tout remettre en question. 
Livre après livre, l'écriture d'Hubert Haddad est subtile, évocatrice, intense. Empathique aussi.
En voici de courts extraits :

"Des larmes voilèrent ses yeux sans qu'il comprît son trouble.
Quelque chose manquait au monde, une couleur, un lien nécessaire." 

"- La haine est une autre chaîne, sais-tu ?"


J'aime aussi conseiller les romans suivants, en poche, en vrac :
          - "La baïne", "Hongroise", "Bienvenue parmi nous", d'Eric Holder (également nouvelliste hors pair, et à part).
           - "Un soir de décembre", "No et moi", de Delphine de Vigan (l'auteure aujourd'hui très visible avec "Rien ne s'oppose à la nuit").
           - "Le meilleur des mondes", d'Adous Huxley (roman d'anticipation, roman visionnaire des années 30).
          - "Un artiste du monde flottant", "Auprès de moi toujours", "Les vestiges du jour" de Kazuo Ishiguro (auteur anglais d'origine japonaise),
           - "Mal de pierres", de Milena Agus (auteure sarde, surprenante).
           - "Les types comme moi", "J'aimerais revoir Callaghan", de Dominique Fabre.
           - "Appelez moi par mon prénom", de Nina Bouraoui.
           - "Tu tomberas avec la nuit", de René Frégny (livre dit noir).
           - "La peste", d'Albert Camus, un classique, je sais.
           - "Tous les hommes sont mortels", de Simone de Beauvoir.

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