mardi 4 septembre 2012

Le meilleur et le pire

Le meilleur et le pire, je veux parler de mes lectures de l'été.
Je vais commencer par le meilleur. Sans conteste, "Géométrie d'un rêve", Hubert Haddad, éditions Zulma (2009) ou Livre de Poche (2011).

 


Géométrie d'un rêve ou comment l'unique tableau préservé d'un grand maître entraîne irrésistiblement vers le rêve et sait révéler à l'âme une vie entière passée, mi songe mi réalité ...

Sous la forme d'un journal, un roman d'une richesse, d'une densité intenses, mêlant plusieurs histoires peu à peu révélées au lecteur. Le narrateur est un écrivain ayant élu domicile dans un domaine breton face à la mer, avec l'espoir de guérir de sa passion amoureuse pour la cantatrice Fedora, femme sublime et fragile, maîtresse qui lui a toujours refusé ses nuits.

Se mêlent l'enfance, le père veuf et fermé, la grand-mère, conteuse fantasque, la jeunesse, la rencontre avec la secrète japonaise Amaya sous l'emprise de son père yakusa, l'âge mûr et la passion pour Fedora.

"A vingt ans, il y a peu de distance entre le fugitif et le permanent, l'instant joué et l'engagement à vie. On vendrait l'éternité au diable afin que dure la chanson."

Mais le temps du journal est le présent, l'exil sur ce coin de terre soumis aux éléments, et encore plus aux réminiscences de la seconde guerre.

Roman difficile à étreindre, à enfermer en quelques phrases, dont l'écriture est si belle que l'on voudrait se retenir de lire si vite, comme lorsque l'on se sent tomber amoureux fou en connaissant d'avance l'issue. Heureusement, on peut lire et relire un livre sans fin.

"Il pleut sur la mer. C'est un long froissement de mille harpes au ras des flots."

"Nous sommes comme ourdis d'absence, c'est l'absence qui porte le sens du lendemain."

Roman sur la passion amoureuse, le pouvoir de l'imaginaire, le besoin impérieux pour l'écrivain d'écrire, de transformer sa propre vie en écriture.


"Si l'amour avait un nom il serait perdu. Rien de plus ne nous accouple qu'un regard tranquille entre la lame et l'instant."


"Pour l'écrivain ou l'artiste, c'est presque une banalité : tout se passe de bord à bord, dans la fêlure des mondes."

Roman érudit mais non pédant, où les noms de Berlioz, Virgile, Spinoza, Rimbaud, Bach, Emilie Dickinson, Mozart, Gide ... ouvrent l'esprit, pour aller plus loin ...






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A l'opposé, le pire " Une semaine avec Marilyn" de Colin Clark.
Pour la forme, c'est bien écrit, plein d'allant. Mais pour le fond, je dis NON, STOP, ARRIERE TOUTE !

Me vient à l'esprit cette phrase d'Edith Wharton :"Croire en un homme qui se rendait déjà ce service à lui-même avait quelque chose d'inutile." Cela résume parfaitement l'esprit de ce livre ...

Le jeune (et brillant et talentueux et psychologue et instruit et ...) Colin Clark côtoie durant une semaine l'actrice mondialement connue. En tournage pour le "Prince et la danseuse", tout juste mariée à l'écrivain Arthur Miller, Marilyn se perd une fois encore, trop entourée et pourtant si seule. Colin crève de la côtoyer, puis assez rapidement s'emploie à la remettre dans le droit chemin du film à terminer, il est assistant à la mise en scène. Peut-être devrions-nous l'applaudir pour sa chasteté envers l'actrice ? Si l'on ne sentait derrière cette décision sa volonté de ne pas se laisser embarquer ...

Et je recopie ici quelques mots de l'auteur tirés du prologue :

"Je publie ce récit comme un modeste hommage rendu à une femme qui a changé ma vie. Si seulement j'avais pu sauver la sienne." 

Retenez vos larmes ...
Voici à présent quelques mots du même homme extraits de l'épilogue :

"J'ai fini par composer le numéro et j'ai pu entendre le téléphone sonner tout là-bas dans la nuit californienne. Mais personne n'a répondu, et, j'ai honte aujourd'hui de le dire, j'ai été soulagé. Ce n'est pas que j'avais abandonné Marilyn. Certainement pas dans mon coeur. C'est juste qu'à cette époque personne ne pouvait plus l'aider."

;-)

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