lundi 9 décembre 2013

"Derrière la vitre". Nouvelle en construction

Derrière la vitre


Je ris, Anna a dit une bêtise, on rit tous. Et puis je pense à autre chose, me referme sur moi-même, mes collègues ont l’habitude, ne disent rien, n’en font pas cas, ni maintenant ni après. Je suis l’homme-huître, me referme quand bon me semble, pris par les soucis pensent certains. Les soucis du travail. Le stress. Je ne suis pas stressé, pas du tout, pas le moins du monde, depuis longtemps, j’ai appris à vivre avec une pile de problèmes dans ma tête, des boîtes e-mails surchargées, des rouges sur mes plannings, des réunions où l’on crie. Rien ne m'affole plus.        
Je vois une miette de pain sur la table, pose mon doigt dessus, la pousse doucement sous mon assiette. J’aime l’ordre, depuis toujours, aujourd’hui plus encore. Peut-être un sourire m’échappe, je revois l’enfant que j’ai été, il y a longtemps, plus de trente ans, mes gommes rangées, mes crayons de papier bien taillés. Je relève la tête et mon cœur se fige, derrière la vitre, c’est elle. Fugitif instant où je la vois passer et déjà elle disparaît. Claire, cela faisait si longtemps, pourquoi aujourd’hui et ici ? Je n’aime pas que le hasard me joue ce type de tours. C’était déjà bien assez de mettre Claire sur le chemin de ma vie il y a cinq ans ...


Fragment écrit comme une nécessité. Quelque chose de vital.
Qui peut comprendre ? Le besoin d'écrire, l'urgence ?
Vite avant que l'émotion ne s'échappe, ne se dilue dans la suite des jours.
Une image, forte à retranscrire, déformée, en ne conservant que l'essentiel, un instant, une émotion. 
Ecrire une histoire comme on vit un rêve : quelques images sans mots qui peuvent hanter l'état de veille un instant au réveil. 
Fragment écrit sans connaître la suite, il y a deux ans, laissé inachevé dans le répertoire "Textes". Là où se côtoient les histoires trop bien écrites des débuts, les textes à l'écriture scolaire, où les phrases exigent leur sujet, verbe, complément. 
Combien de temps, combien de phrases, combien de mots biffés faut-il pour s'affranchir de toutes ces années d'apprentissage ?
Il faudrait terminer ce texte, peut-être, lui donner une direction, indiquer un chemin, une piste. Refuser le suspens. Pourtant, dans nos vies, combien d'instants suspendus nous taraudent ? Combien d'histoires de quelques mots nous laissent insomniaques ? 
Nos vies, des fables que nous nous racontons en boucle, pour donner du sens à nos trajectoires imprévues : aériennes et insoutenables.
La vie, les événements peuvent casser le fil de l'écriture. Pour un temps, pour l'instant, pour toujours peut-être ?
Faire un noeud au fil. Pas joli, tant pis, n'en sera que plus solide. Le fil de la vie, le fil de l'écriture, enlacés, indissociables. Vivre pour écrire, écrire pour vivre : deux faces d'une même pièce. 

Jusqu'où je peux aller

Publication de la nouvelle "Jusqu'où je peux aller", un texte où je parle d'escalade (moi qui aie le vertige ;) ) et de...