dimanche 15 juin 2014

Publier

Ecrire c'est être seul ou seule, devant son clavier des heures durant. Le jour ou la nuit. Le soir pour moi, le plus souvent, quand tout est calme, comme lorsque j'avais quinze ans, j'ai toujours aimé écrire à la nuit tombée. J'habitais alors en hauteur, au 7ème étage d'un immeuble, la ville et ses lumières s'étalaient sous mes yeux. Je laissais mon regard se perdre et mes pensées avec. J'écrivais sans me prendre au sérieux, j'en avais besoin, comme manger, dormir, avoir un amoureux. J'étais sensible aux mots, à leur couleur, bouleversée par des phrases. Ecrire, c'est juste une question d'émotions.

Puis vient le temps de la publication, de recherche d'un éditeur, le plus difficile, bien plus qu'écrire, le moment où l'on doute, de tout, de soi surtout. On étudie les catalogues, on jauge ses chances, on écrit des lettres, on fait lire le manuscrit. Il y a l'amie fiable et franche qui lit tout depuis si longtemps, 20 ans, on lui demande de lire le premier chapitre, on sait qu'elle est occupée, et puis de dire, avec sincérité surtout, si elle lirait bien la suite ... L'amie envoie un sms le lendemain, elle a lu le roman d'une traite. Il y a son propre enfant aussi, la plus grande, qui lit les premières pages, aime, et c'est terriblement touchant. On reprend courage, on retourne à La boîte à copies, on écrit des lettres, on met un peu, beaucoup de soi, on ne sait pas, des fois que. Les lettres reviennent, négatives, on reçoit des sms impersonnels, expéditifs. Le doute revient, telle une lame de fond, cette fois on est submergé. On en parle aux amis écrivains, on ne sait plus quoi faire, mettre le manuscrit au placard ? Lecture, encouragements, reste à trouver l'éditeur ... Allez, on est gonflé à bloc, comme un athlète de haut niveau, ne pas perdre de vue l'objectif, publier à compte d'éditeur, ne pas vendre son âme, jamais.

Le voilà enfin, le oui attendu, pas exactement comme je m'y attendais. Je suis contente, l'éditeur est délicat, sérieux, c'est "La Rhubarbe", la maison d'Alain Kewes, le roman sera en bonne compagnie. C'est merveilleux quand un éditeur dit oui, magique. Je me souviens d'un coup de fil, il y a longtemps, de Daniel Delort. Je l'avais déjà rencontré, au salon du livre de Paris, il ne se souvenait pas de moi. Il m'avait demandé si "Refuge" était toujours libre de droits, une nouvelle avec pour toile de fond la résistance dans le limousin. J'avais ri je crois, si ma nouvelle était libre de droits ? Et comment ! Une nouvelle qui serait publiée dans Brèves, là ça devenait sérieux, un peu. 

Une nouvelle attente commence, différente, sereine si ce n'était la vie qu'on mène. On met cela dans un coin de sa tête, on sait quoi répondre à la sempiternelle question : et alors, à quand le prochain ? On a un éditeur, un titre, une date approximative, on peut passer à autre chose, se concentrer sur autre chose, la vie n'est pas un long fleuve tranquille et ce n'est rien de l'écrire.

Voilà enfin venu le temps de préparation de la publication. Relire et peaufiner l'écriture une fois encore, retirer les rugosités, soigner, laisser son coeur parler, son âme peut-être. Puis l'éditeur relit à son tour, et le travail commun commence. A lui les suggestions, à l'auteur l'acceptation, ou non. Viendra le temps de parler image de couverture, 4ème, date de sortie, service de presse, dédicaces. 
L'objet livre devient un projet concret, cela fait du bien, même si je sais la tourmente de la sortie d'un texte, la crainte.  

Bientôt l'été, et je sens palpiter au bout de mes synapses des incipit. Oui bientôt le temps des histoires nouvelles viendra. Ainsi va l'écriture. Ainsi va la vie.

Jusqu'où je peux aller

Publication de la nouvelle "Jusqu'où je peux aller", un texte où je parle d'escalade (moi qui aie le vertige ;) ) et de...